Artiste peignant en plein air face à un paysage français baigné de lumière dorée
Publié le 12 avril 2024

En résumé :

  • Sortir de l’atelier pour peindre en plein air impose de repenser sa méthode, pas seulement son matériel.
  • La clé n’est pas d’imiter les impressionnistes, mais d’adopter leur stratégie face à la lumière changeante avec les outils d’aujourd’hui.
  • Un équipement ultra-léger, la maîtrise des heures magiques et une technique hybride (motif et atelier) sont les piliers d’une pratique réussie.
  • La spontanéité se planifie : anticiper la météo et la lumière est aussi crucial que le coup de pinceau lui-même.

Le désir vous saisit souvent : derrière la vitre de l’atelier, la lumière danse sur les feuilles, le ciel change de couleur, et une scène fugace vous appelle. Pourtant, l’idée de tout emballer pour affronter la nature, le vent, les regards des passants et cette lumière qui n’attend pas, vous paralyse. Vous admirez les œuvres des impressionnistes, cette sensation de vie et d’instant capturé sur la toile, et vous vous demandez comment transposer cette magie dans votre pratique contemporaine. Beaucoup de conseils se contentent de lister du matériel ou de suggérer de « peindre vite », des platitudes qui ignorent le véritable défi.

Le secret n’est pas de chercher à reproduire le style de Monet avec un équipement moderne. La véritable approche, celle qui libère la créativité, est de comprendre que la peinture en plein air est une stratégie, un dialogue avec la lumière. Il s’agit d’adopter une posture où le matériel n’est pas un fardeau, mais un allié pour la spontanéité. C’est ce que nous pourrions appeler la « spontanéité stratégique » : l’art de planifier juste assez pour pouvoir être totalement libre sur le motif.

Et si la clé résidait non pas dans la copie, mais dans l’adaptation de la philosophie impressionniste à notre époque ? Cet article n’est pas une leçon d’histoire, mais le carnet de bord d’un peintre pour un autre. Nous allons construire ensemble votre « atelier nomade », apprendre à lire le ciel pour trouver les créneaux lumineux parfaits, et développer une méthode de travail qui allie la fraîcheur du croquis sur le vif à la finition réfléchie de l’atelier. Préparez-vous à transformer votre appréhension en action.

Pour une immersion visuelle dans la pratique de la peinture sur le motif, la vidéo suivante, issue du MOOC sur l’Impressionnisme, complète parfaitement les conseils techniques de ce guide et illustre l’esprit de cette démarche artistique.

Pour naviguer efficacement à travers ces techniques et astuces, et vous approprier cette démarche pas à pas, voici le plan de notre exploration artistique. Chaque étape est conçue pour répondre à une question pratique et vous rapprocher de votre objectif : peindre en extérieur avec confiance et plaisir.

Pourquoi devez-vous peindre vite quand la lumière change toutes les 15 minutes ?

La rapidité en peinture de plein air n’est pas une course contre la montre, mais une discipline pour capturer l’essentiel. La lumière naturelle est une matière vivante et éphémère ; les ombres s’allongent, les couleurs se réchauffent ou se refroidissent, et l’atmosphère d’un paysage peut se métamorphoser en un quart d’heure. Peindre vite, c’est accepter de ne pas tout dire pour mieux suggérer. C’est un exercice de synthèse, un arbitrage constant sur le motif qui oblige à se concentrer sur l’impression globale, l’harmonie des couleurs et les valeurs principales plutôt que sur les détails superflus. C’est le cœur même du dialogue lumineux : répondre à ce que la nature offre à un instant T.

Cette contrainte de temps devient un formidable outil créatif. Elle pousse à des coups de pinceau plus instinctifs, plus énergiques, et favorise une touche vibrante qui est la signature du style impressionniste. Il ne s’agit pas de précipitation, mais d’intensité. Pour se préparer à ce sprint, il faut apprendre à observer et à analyser la scène rapidement avant même de poser la première touche de couleur.

La méthode des séries de Claude Monet

L’exemple le plus célèbre de cette méthode est celui de Claude Monet. En s’installant à la gare Saint-Lazare, il n’a pas peint un seul tableau, mais une douzaine, chacun capturant des points de vue et des effets de lumière différents à divers moments de la journée. En présentant sept de ces toiles à la troisième exposition impressionniste, il ne montrait pas seulement un lieu, mais le passage du temps lui-même, démontrant l’efficacité de la peinture en série pour documenter les variations atmosphériques.

Aujourd’hui, la technologie moderne nous offre des outils précieux pour anticiper ces changements. Des applications mobiles peuvent prédire avec une précision redoutable la trajectoire du soleil, l’heure exacte des lumières dorées ou bleues, et même la longueur des ombres à n’importe quel moment de la journée. Utiliser ces outils, ce n’est pas tricher, c’est s’inscrire dans une démarche de spontanéité stratégique.

Voici une sélection d’outils numériques devenus indispensables pour le peintre paysagiste moderne qui souhaite planifier ses sessions et ne plus être pris au dépourvu, comme le recommandent les photographes de paysage dans une analyse des applications pour le travail en extérieur :

  • Sun Surveyor : Permet de visualiser la position du soleil en réalité augmentée, et de connaître précisément les heures dorées et bleues pour votre emplacement.
  • PhotoPills : Un véritable couteau suisse pour planifier la position du soleil et de la lune, et même calculer la direction des ombres des bâtiments en milieu urbain.
  • LightTrack : Superpose directement sur une carte la direction du lever et du coucher du soleil, idéal pour anticiper à quel moment une façade ou un flanc de colline sera éclairé en lumière rasante.

Comment constituer un kit de peinture ultra-léger pour randonner et peindre ?

L’un des plus grands freins à la peinture en plein air est la perspective de transporter un matériel lourd et encombrant. La solution réside dans la création d’un « atelier nomade », un kit minimaliste mais parfaitement fonctionnel. L’objectif est de pouvoir marcher plusieurs kilomètres sans que votre équipement ne devienne un fardeau, pour atteindre ce point de vue unique loin des sentiers battus. L’élément central de cet équipement est la « pochade box », un petit chevalet de campagne qui se tient sur les genoux ou sur un trépied photo léger. Elle contient tout le nécessaire : une palette, un support pour la toile et un espace de rangement pour quelques tubes de peinture et pinceaux.

Le choix des couleurs est également stratégique. Inutile d’emporter trente tubes. Une palette limitée, composée des trois primaires (jaune, magenta, cyan), d’un blanc de titane et d’une ou deux terres (ocre jaune, terre de Sienne brûlée), suffit amplement. Apprendre à créer toutes ses couleurs à partir de cette base est un exercice formateur qui garantit une harmonie naturelle sur la toile. Pour le support, privilégiez des cartons toilés ou des panneaux de bois de petite taille (20×30 cm par exemple), bien plus légers et moins fragiles que les châssis entoilés traditionnels.

Pochade box ouverte avec pinceaux et tubes de peinture disposés pour la peinture en extérieur

Cet effort de miniaturisation n’est pas nouveau. Il s’inscrit dans un héritage technique direct des impressionnistes. Sans l’invention cruciale des tubes de peinture en étain souple, la peinture en plein air à grande échelle n’aurait jamais été possible. Avant cela, les artistes devaient broyer leurs pigments et les conserver dans des vessies de porc, une méthode peu pratique et salissante.

Pour les plus bricoleurs, se fabriquer sa propre pochade box est un projet gratifiant et économique. En suivant quelques principes simples, on peut adapter une simple boîte à la pratique du plein air, comme le suggère une méthode de fabrication maison inspirée des pionniers :

  • La base : Récupérer une boîte à cigares ou un coffret en bois solide.
  • Le support : Fixer des charnières pour que le couvercle s’ouvre et serve de support pour de petits panneaux de bois. Certains artistes comme Robert Henri utilisaient des panneaux si petits qu’ils tenaient dans une poche de manteau.
  • Le rangement : Aménager l’intérieur avec de petits compartiments pour caler les tubes de peinture et les pinceaux, en s’inspirant de l’innovation majeure du tube de peinture qui a permis, dès 1841, de transporter facilement sa matière première.

Croquis sur le vif ou finition en atelier : quelle méthode pour garder la spontanéité ?

C’est un débat qui anime les peintres de plein air depuis des générations. Faut-il achever sa toile entièrement sur le motif, au risque de se laisser déborder par les changements de lumière et les intempéries ? Ou faut-il considérer le travail en extérieur comme une simple prise de notes, une ébauche destinée à être finalisée dans le confort de l’atelier ? La réponse n’est pas binaire. La méthode la plus efficace aujourd’hui est souvent un modèle hybride, qui tire le meilleur des deux mondes pour préserver l’authenticité de l’instant tout en s’autorisant la finition.

La particularité fondatrice de la démarche impressionniste était justement cette volonté de capturer l’effet directement sur la toile, en extérieur. Comme le soulignait l’historien et critique d’art Théodore Duret, cette pratique était un choix radical :

La particularité des peintres impressionnistes est de s’adonner systématiquement à la peinture en plein air : la beauté des couleurs et de la lumière se confondant avec le paysage est captée directement.

– Théodore Duret, Histoire des peintres impressionnistes (1939)

Cependant, même au XIXe siècle, de nombreux artistes adoptaient déjà une approche mixte. Cette méthode reste d’une pertinence absolue à l’heure du numérique.

La méthode hybride de Corot modernisée

Des peintres comme Jean-Baptiste Corot en France ou John Constable en Angleterre étaient des maîtres de l’étude en plein air. Ils passaient des heures à réaliser des esquisses à l’huile ou à l’aquarelle sur le motif, capturant les harmonies de couleurs et la composition générale. Ces études servaient ensuite de base solide pour la réalisation de leurs grandes toiles d’exposition, qu’ils peaufinaient en atelier. Aujourd’hui, cette méthode se modernise : le peintre peut réaliser un croquis rapide à l’aquarelle ou une ébauche à l’huile pour fixer l’émotion et la composition, puis prendre quelques photos avec son smartphone pour conserver les détails, les textures ou les formes complexes qu’il pourra réintégrer tranquillement plus tard.

Cette approche hybride offre le meilleur équilibre. Sur le motif, on se concentre sur ce que seul le plein air peut offrir : l’exactitude des couleurs et des valeurs sous une lumière naturelle, et l’énergie du moment. En atelier, on peut prendre le temps de soigner la composition, de travailler les détails sans le stress de la lumière qui fuit, et de donner à l’œuvre une dimension plus construite. L’essentiel est que le travail en atelier serve à magnifier l’impression initiale, pas à la trahir.

Plan d’action : préparer et débriefer votre session en plein air

  1. Points de contact lumineux : Avant de partir, utilisez une application (type Sun Surveyor) pour lister les heures clés (lever, heure dorée, zénith, coucher) et les directions de lumière pour votre spot.
  2. Collecte sur le motif : Sur place, réalisez une ébauche rapide à l’huile ou à l’acrylique pour les couleurs, et prenez 3 à 5 photos de référence avec votre smartphone (une vue d’ensemble, des gros plans sur des textures, un détail d’ombre).
  3. Confrontation à l’intention : De retour à l’atelier, confrontez votre ébauche et vos photos à l’émotion initiale que vous vouliez transmettre. Qu’est-ce qui est essentiel ? Qu’est-ce qui est superflu ?
  4. Analyse de la touche : Repérez sur votre ébauche les passages où le coup de pinceau est vivant et spontané. Comparez-les aux zones plus laborieuses. L’objectif est d’étendre la qualité des premiers aux secondes.
  5. Plan de finition : Définissez 3 actions prioritaires pour finaliser la toile en atelier (ex: « renforcer le contraste du premier plan », « fondre le ciel », « ajouter la lumière sur le feuillage ») sans perdre la fraîcheur de l’esquisse.

Le risque de voir sa toile s’envoler ou la peinture geler : les pièges du plein air

Peindre en extérieur, c’est accepter de composer avec les éléments. Le vent, le froid, la pluie ou même les insectes peuvent rapidement transformer une session idyllique en véritable cauchemar. Anticiper ces désagréments fait partie intégrante de la préparation stratégique du peintre paysagiste. Une rafale de vent un peu forte, et c’est la toile qui s’envole, le chevalet qui bascule ou la poussière qui vient se coller sur la peinture fraîche. Chaque région de France a ses propres défis, et l’expérience apprend à s’en prémunir.

Le froid est un autre adversaire redoutable. En dessous d’une certaine température, la peinture à l’huile épaissit, devient difficile à travailler et son temps de séchage s’allonge considérablement. La peinture acrylique, quant à elle, risque tout simplement de geler sur la palette si les températures sont négatives. Le confort du peintre est aussi en jeu : avoir les doigts gourds par le froid empêche toute finesse dans le geste. Il est donc primordial de s’équiper en conséquence, non seulement pour protéger son matériel, mais aussi soi-même.

Chevalet lesté dans un champ de lavande provençal par jour de grand vent

Ces défis logistiques nous rappellent à quel point la pratique du plein air est dépendante des innovations techniques. L’invention qui a sans doute le plus révolutionné cette pratique est celle du tube de peinture souple. En effet, les tubes souples de peinture sont apparus à partir de 1841, une innovation majeure qui a permis aux artistes de transporter et conserver leurs couleurs de manière propre et efficace, libérant ainsi leur pratique des contraintes de l’atelier.

Face aux caprices de la météo française, des solutions pratiques et souvent ingénieuses ont été développées par les peintres de terrain :

  • Contre le Mistral ou la Tramontane : La solution la plus efficace est de lester son chevalet. Accrochez un sac rempli de pierres ou votre propre sac à dos sous le trépied. Pensez également à orienter votre toile le plus perpendiculairement possible au vent pour limiter la prise.
  • Par temps froid : Pour fluidifier la peinture à l’huile, ajoutez une ou deux gouttes d’huile de lin ou un médium alkyde sur votre palette. Pour l’acrylique, certains médiums retardateurs peuvent aussi aider. Et bien sûr, des gants sans doigts sont indispensables.
  • Sous la bruine ou une pluie fine : Un grand parapluie fixé au chevalet peut sauver une session. Pour la peinture acrylique, l’humidité ambiante peut être un avantage en ralentissant le séchage. Protégez votre palette avec un couvercle transparent pour éviter que les gouttes ne se mélangent à vos couleurs.

Quand installer son chevalet pour avoir la lumière « Monet » : les créneaux magiques

La « lumière Monet » n’est pas un mythe, mais une réalité physique que tout peintre peut apprendre à identifier et à exploiter. Il s’agit de ces moments privilégiés de la journée où la lumière, par sa couleur et son angle, sculpte le paysage de manière spectaculaire. Les impressionnistes, en véritables chasseurs de lumière, avaient compris que le sujet n’était pas tant le paysage lui-même que l’effet de la lumière sur ce paysage. Ils prenaient le train et parcouraient la France, l’Italie ou l’Angleterre, non pas pour le tourisme, mais pour collectionner des « effets atmosphériques » uniques, changeant avec les saisons et les régions.

Les deux créneaux les plus connus sont l’heure dorée, juste après le lever et avant le coucher du soleil, et l’heure bleue, le court intervalle qui précède l’aube ou suit le crépuscule. Durant l’heure dorée, la lumière est chaude, douce, et les ombres sont longues et étirées, créant un modelé et une profondeur magnifiques. L’heure bleue, quant à elle, baigne le paysage dans une lumière froide et diffuse, aux couleurs saturées et aux contrastes feutrés, idéale pour des ambiances mélancoliques ou mystérieuses.

Mais ces deux moments ne sont pas les seuls. Chaque saison et chaque type de temps offre son propre potentiel. Une journée grise et couverte en Île-de-France, par exemple, peut sembler morne au premier abord. Pour un peintre, c’est une occasion en or : la lumière diffuse, tamisée par les nuages, élimine les ombres dures et permet de se concentrer sur les subtilités des valeurs et des gammes de gris colorés, une technique chère à des peintres comme Camille Pissarro. La quête de la bonne lumière est aussi une exploration du territoire, comme le souligne une analyse du Musée d’Orsay sur l’actualité de cette pratique, qui la lie aux problématiques d’environnement et de climat.

Chaque région de France offre une palette lumineuse spécifique à certaines heures. Voici un calendrier pour guider vos sorties :

  • Côte d’Albâtre en hiver : La lumière y est opalescente, presque laiteuse. Le créneau idéal se situe entre 8h et 10h du matin, lorsque le soleil bas perce la brume et révèle les couleurs subtiles des falaises.
  • Provence en été : Pour éviter la lumière écrasante de midi, privilégiez le tout début de matinée (6h-9h) ou la fin d’après-midi. La lumière y est intense, les couleurs vibrent et les ombres portées sont nettes et graphiques.
  • Vignobles d’Alsace en automne : La fameuse lumière dorée y est sublime entre 16h et 18h. Elle vient éclairer en transparence les feuilles jaunes et rouges des vignes, créant une atmosphère féerique.
  • Temps gris d’Île-de-France : Toute la journée est une opportunité. La lumière diffuse et constante est parfaite pour travailler les nuances de valeurs et les harmonies de couleurs rompues, sans être pressé par le mouvement des ombres.

Comment s’équiper en peinture acrylique pour moins de 50 € ?

L’idée que la peinture est un loisir coûteux est un mythe tenace qui décourage de nombreux débutants. Il est tout à fait possible de s’équiper avec du matériel de qualité suffisante pour la peinture en plein air avec un budget maîtrisé. La peinture acrylique, en particulier, est une excellente option pour commencer : elle sèche vite, se nettoie à l’eau et est généralement plus abordable que la peinture à l’huile. Pour un budget de moins de 50 €, on peut constituer un premier kit complet et cohérent.

La clé est d’investir intelligemment en privilégiant la polyvalence plutôt que la quantité. Nul besoin d’une mallette de 50 tubes de couleurs. Une dizaine de couleurs de base en qualité « étude » (fine) est largement suffisante. Ces peintures, comme celles de la gamme Pébéo Studio ou Amsterdam Standard, offrent un bon rapport qualité-prix avec une pigmentation honorable. De même, trois pinceaux synthétiques bien choisis (un plat pour les aplats, un rond pour les formes et un fin pour les détails) couvriront 90% de vos besoins.

Pour le support, le papier acrylique est la solution la plus économique. Vendu en bloc, il offre une surface texturée « grain toilé » qui imite la sensation de la toile sans le coût. Pour plus de rigidité, une solution très économique consiste à acheter une petite planche de médium ou de carton rigide et à l’enduire soi-même de Gesso, un apprêt blanc qui prépare la surface et la rend moins absorbante. Enfin, pour la palette et les récipients d’eau, la récupération est votre meilleure alliée : une vieille assiette en faïence et deux pots à confiture feront parfaitement l’affaire.

Voici un exemple de panier optimisé pour débuter la peinture acrylique en plein air sans se ruiner :

  • Set de base de peinture acrylique (12-15€) : Un coffret de 12 tubes de 20ml (type Pébéo Studio) contenant les couleurs essentielles (primaires, blanc, noir, terres).
  • Trois pinceaux synthétiques polyvalents (8-10€) : Un pinceau plat large (taille 12), un pinceau rond moyen (taille 6) et un pinceau fin pour les détails (taille 1).
  • Bloc de papier acrylique 24x32cm (8-10€) : Un bloc de 10 feuilles de 300g/m² minimum pour éviter que le papier ne gondole.
  • Palette et accessoires (5-10€) : Une palette en plastique avec couvercle (très pratique en extérieur) ou une assiette de récupération. Deux pots à confiture pour l’eau (un pour rincer, un pour l’eau propre).
  • Optionnel – Le support rigide maison (5€) : Un pot de Gesso blanc de 250ml pour enduire n’importe quel carton rigide ou planche de bois de récupération.

Quand capturer la lumière dorée dans les parcs urbains : l’heure bleue expliquée

La peinture en plein air ne se limite pas aux paysages ruraux et aux marines. La ville offre un terrain de jeu d’une richesse incroyable pour le peintre, avec ses perspectives, ses reflets et surtout, ses lumières uniques. Les parcs urbains, en particulier, sont des oasis où la nature et l’architecture se rencontrent, créant des scènes complexes et fascinantes. Capturer la lumière dorée sur les façades haussmanniennes ou l’heure bleue qui se reflète dans une fontaine est un défi exaltant qui demande une bonne connaissance de ces phénomènes lumineux.

L’heure dorée en ville est souvent plus courte et plus difficile à saisir qu’en rase campagne, à cause des bâtiments qui créent de longues ombres. Il faut donc repérer à l’avance les trouées, les places ou les quais qui recevront la lumière rasante du soir. L’heure bleue, quant à elle, prend une dimension magique avec l’apparition des premières lumières artificielles. Le contraste entre le bleu profond du ciel et le jaune chaud des lampadaires est un sujet pictural puissant, exploré en son temps par des artistes comme Van Gogh.

La France regorge de lieux emblématiques pour s’exercer à la peinture urbaine de plein air, chacun offrant une lumière particulière.

Les meilleurs spots urbains français pour l’heure dorée et bleue

L’esprit des impressionnistes se perpétue dans la pratique urbaine. Pour cela, il faut trouver les bons angles au bon moment. À Paris, le Pont des Arts ou les quais de Seine offrent une vue imprenable pour capturer l’heure dorée se reflétant sur l’eau. À Lyon, le Parc de la Tête d’Or au lever du soleil offre des contre-jours magnifiques à travers les arbres. À Marseille, le Vieux-Port durant l’heure bleue est un spectacle inoubliable, où les lumières des bateaux et des restaurants dansent avec le bleu profond du ciel et de la mer.

Peindre ces moments demande d’adapter sa palette de couleurs. Les teintes utilisées pour une lumière de midi en Provence ne seront pas les mêmes que pour un crépuscule sur la Seine. Il faut apprendre à observer et à préparer des mélanges spécifiques pour chaque atmosphère lumineuse.

Palettes de couleurs pour heure dorée vs heure bleue
Moment Couleurs principales Technique Effet recherché
Heure dorée Jaunes de Naples, oranges, touches de rose Coups de pinceau rapides et légers pour capturer la clarté de la lumière Chaleur et vibration lumineuse
Heure bleue Bleu de Prusse, outremer, alizarine Touches plus fondues et atmosphériques Mystère et profondeur
Lumières artificielles Jaune de cadmium pour les éclairages urbains Contrastes marqués chaud/froid Modernité urbaine

À retenir

  • La vitesse n’est pas une contrainte mais un outil stratégique pour capturer l’essence d’un paysage avant que la lumière ne change.
  • Votre matériel doit être un « atelier nomade », optimisé pour la légèreté et l’efficacité, afin de libérer votre mobilité et votre créativité.
  • La meilleure méthode est souvent hybride : saisissez la spontanéité et les couleurs justes sur le motif, et utilisez l’atelier pour la finition et les détails.

Quelle technique de peinture choisir pour débuter sans savoir dessiner ?

La peur de « ne pas savoir dessiner » est l’un des obstacles psychologiques les plus courants pour se lancer en peinture. Or, la peinture impressionniste, par sa nature même, offre une porte d’entrée formidable pour ceux qui sont plus à l’aise avec la couleur et la touche qu’avec le trait précis. En effet, cette approche ne vise pas la description exacte des formes, mais la restitution d’une sensation visuelle. Le dessin est suggéré par la juxtaposition des touches de couleur, et non par un contour préalable.

La méthode la plus accessible est celle de la construction par masses colorées, inspirée par des peintres comme Cézanne qui « modulait avec la couleur ». Plutôt que de commencer par un croquis détaillé au crayon, on débute directement au pinceau en posant les grandes zones de couleur qui structurent la composition : le ciel, la végétation, un plan d’eau, etc. Les formes émergent progressivement de ces masses, par l’ajout de touches plus claires ou plus foncées qui viennent sculpter les volumes et créer l’illusion de la lumière.

Le pastel sec est aussi un médium extraordinairement adapté pour débuter dans un esprit impressionniste, comme le souligne l’artiste pastelliste Cindy Barillet :

Le pastel sec est un médium fantastique pour peindre impressionniste, et particulièrement sous forme de bâtonnets. Les touches larges et pigmentées sont idéales pour laisser voir la main de l’artiste.

– Cindy Barillet, Apprendre le pastel sec

Pour vous lancer sans la pression du dessin, voici une méthode simple et efficace, qui s’inspire directement de la pratique des maîtres impressionnistes tout en l’adaptant aux débutants :

  • Commencer par les grandes masses colorées : Oubliez le crayon. Avec un pinceau large, posez les couleurs principales de votre paysage sans vous soucier des détails.
  • Construire par juxtaposition : Appliquez les couleurs en touches rapides et visibles, les unes à côté des autres, pour créer une impression de vibration, notamment pour l’eau ou le feuillage.
  • Aide numérique discrète : Pour vous rassurer sur la composition, utilisez la fonction « grille » de l’appareil photo de votre smartphone pour vous aider à placer les éléments principaux de votre scène.
  • L’ébauche en gris coloré : Une excellente technique de départ consiste à faire une première couche très diluée avec un « gris coloré » (un mélange des trois couleurs primaires et de blanc). Cela permet de poser les valeurs (les rapports de clair-obscur) avant de poser les couleurs finales.

Maintenant que vous détenez les clés techniques et stratégiques, la seule étape restante est de préparer votre sac, de choisir votre lieu et d’entamer votre propre conversation picturale avec le paysage. L’aventure ne fait que commencer.

Rédigé par Sophie Bertin, Art-thérapeute certifiée et céramiste professionnelle. Elle combine psychologie et artisanat pour enseigner les bienfaits des loisirs créatifs sur la santé mentale depuis 8 ans.